Petites choses et d'autres

Chroniques d'une vie amusante

23 mars 2010

L'allaitement 3e chapitre : au CHU

Bon cette nuit là, j'ai plus la force de tirer mon lait. Pfff à quoi bon ? A ce point là, je suis presque sûre que je verrai jamais mon bébé vivant (le manque de sommeil n'aide pas à relativiser... un petit Lexomil SVP !)

L'équipe de la clinique est top et dès qu'elle arrive, la chef de service organise mon transfert. Hop je partirai en début d'après-midi. On est mercredi. Monsieur Ali vient m'aider à ranger mes affaires, je déménage. Je pars en ambulance à 14 h, le Chameau est super content de me voir monter dans une ambulance (sont fous ces gosses). La gentille Sage-femme me donne un sac isotherme avec mon précieux colostrum... qu'ils vont s'empresser de foutre à la poubelle dès mon arrivée au CHU. Bébé aura du lait artificiel pendant 7 jours... 7 jours pour "analyser" mon lait. Ça, ça m'a carrément dépité.

La première chose qu'on me donne en arrivant au CHU, dans une grande chambre double (euh je voulais pas de chambre double... je suis trop malheureuse, je vais pleurer tout le temps et je vais gêner ma voisine... comment ça tu t'en fou Madame la Sage-femme ? Comment ça y a pas d'autres chambres ?) c'est un TIRE-LAIT !! Mon super pote est là aussi ! Youhou ! Bon celui là il est semi-manuel... et je vais pas l'aimer longtemps. Tant pis. Je dois d'abord me lever pour brancher le tuyau dans le mur dans la machine qui fait le vide d'air (euh tu m'as bien regarder... il me faut 10 minutes pour me lever)... et après faut pomper avec le doigt... pendant 20 minutes. C'est trop bien. Bref c'est la première chose que je fais en arrivant. En attendant l'ambulance qui m'amènera voir mon bébé. Oui parce que même si on est dans le même hosto, l'hôpital des enfants est assez loin en fait...

A ce stade, j'ai toujours pas eu ma montée de lait... je tiraille du colostrum depuis 3 jours. Je me dis que de voir mon bébé, ben ça devrait m'aider... parce que si j'en reviens aux préceptes de la Leche League... ben j'suis quand même mal barrée pour voir du lait pour l'instant hein.

Je passe vite fait sur la rencontre, c'est pas le sujet, on s'est vu et on s'est pas reconnu. Mais bon, voilà fallait que je le vois ce bébé. Je reviens dans ma chambre, je pleure un bon coup et hop je retire...

Dans la nuit, vers 1 h, arrive ma nouvelle collègue de galère. Elle vient d'accoucher de jumelles à 31 semaines. Elle est césarisée aussi. Il fait noir, je suis censée dormir... je lui parle pas. Mais j'ai mal au bide pour elle (au sens propre et figuré hein), elle est toute seule, sans ses bébés, sans son homme... vers 5 h, je l'entends qui dort toujours pas... elle commence à souffrir pas mal. Alors j'engage la conversation... on va parler comme ça jusqu'au réveil. Et c'est pendant cette nuit là, que j'ai senti mes seins grossir et devenir hyper chaud... la voilà cette salope de montée de lait... alléluia. Le prochain tirage confirmera tout ça. OUF.

Ma collègue est parfaitement néophyte en matière de bébé et d'allaitement. Donc, comme j'aime le faire, je vais l'aider autant que je peux. Parce que bonjour les conseils des sages-femmes là aussi... n'importe nawak. Donc on décide que quand on est là toutes les deux (oui parce qu'on sort souvent rendre visite à nos bébés), on tire ensemble. La nuit aussi, c'est bien plus motivant ! Son mec à elle l'appelle toutes les 3 heures la nuit... comme ça pas de risque d'oublier. Et ça y va... "psshhtt, psshhtt, psshhtt..." (c'est le bruit sympa du tire-lait). Je vais lui parler de la crème Lansinoh pour les crevasses (tiens au fait ce p***** de tire-lait m'a fait une énorme crevasse... mais je la sens même pas... peut-être la douleur de la cicatrice qui me fait relativiser cette douleur là, j'sais pas....), je lui donne la liste de mon attirail homéopathique pour les suites de couches et l'allaitement, et je réponds à toutes ses questions. Et surtout j'essaie de la rassurer...

Elle avait elle aussi demandé une chambre simple en arrivant, mais comme moi, elle n'en reparlera plus avant mon départ.

Bon moi, je tire toujours à fond... et ça donne... de plus en plus ! Je suis super triste que mon bébé ne puisse pas avoir mon lait par contre. Même à la réa, y a un tire-lait. Ça fait que je peux y rester longtemps (parce que plus le temps passe et plus j'arrive à rester longtemps (je rappelle que ça fait 5 jours qu'on m'a ouvert le bide et rester debout longtemps n'est pas chose aisée.) Je récolte le lait dans de petits biberons que je file au premier ou à la première venu(e) et hop ils le filent au Lactarium.

Le samedi, Hector respire enfin tout seul. Il sera dés-intubé le soir même. Et le dimanche matin, j'aurai enfin le bonheur de prendre ce bébé dans mes bras. On le met au sein... mais ça le passionne pas (normal me dit-on)... la puéricultrice qui s'en occupe le "gave" (c'est le mot) par la sonde au même moment, pour qu'il associe ce truc mou et chaud au fait d'avoir l'estomac rempli. C'est pas con je trouve.

Mais il est temps pour moi de sortir de la maternité. Donc il faut vite louer un tire-lait. C'est super efficace, on appelle et dans la même journée, ils apportent le tire-lait dans ma chambre à la maternité (ils le récupéreront chez moi à 130 km) Il est entièrement automatique... fini le pompage... youpi. Du coup, je le prête même à ma collègue avant de sortir. Je resterai bien ici... parce que je m'en s'en pas prête à courir les hôtels... mais j'ai pas le choix, y a trop de monde qui attend ma place, je dois dégager. On me sort mes dernières agrafes le dimanche matin à 14 h... je suis dehors. Il faut trouver un logement. Je me sens pas d'aller dormir chez des amis, je suis trop faible et j'ai besoin qu'on soit tous les deux avec Monsieur Ali. Alors on postule pour la maison des parents de Mac Donalds et comme on est prioritaire, ça tombe bien. On a une place dès le dimanche soir. C'est génial cet endroit. Je continue à tirer, je mets le lait dans le frigo (chaque famille a son frigo attitré) et le lendemain je l'amène à la réa.

On remet Hector au sein le lundi matin... il léchouille gentiment. On nous annonce qu'il est transféré dans l'aprèm en néonat, dans la ville où j'ai accouché ! Ça y est ! Il est tout à fait sorti d'affaire ! On réalise pas trop... mais si, ça y est ON S'EN VA ! Le déménagement est un peu relou (pour tirer le lait toutes les 3 heures, faut vachement s'organiser quand même) mais on y arrive. Bébé part en ambulance en début d'aprèm et on le suit dans la soirée.

Le matin, avant de partir, je le prends entre 4 yeux. Va falloir que tu te mettes à téter fissa mon coco, parce que maintenant notre retour à la maison ne dépend que de ça. (Il aura la journée pour réfléchir à la question).

Le soir, en arrivant à l'hôpital, on a la très bonne surprise de constater qu'il n'a plus sa sonde gastrique. Je le remets au sein... et IL TÊTE ! Mon champion ! Bon pas deux heures non plus, mais il a compris ! On finit à la tasse (c'est plus facile) mais ÇA Y EST ! Pour moi c'est clairement une renaissance et c'est précisément à ce moment là que "le lien" se forme. Mon "instinct" maternel débarque. Ça y est : je suis sa maman.

Attention, je n'associe pas du tout le fait d'allaiter au fait "d'être" maman. Disons simplement que dans les circonstances que l'on connaît, c'est précisément grâce à ça que j'ai pu "adopter" mon bébé.

Prochainement : Chapitre 4 ou comment Bébé H. apprend à téter comme un vrai Bébé ou encore comment mes seins manquent d'exploser.

Posté par A L I à 21:18 - Bébé H et sa Maman - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags :

Commentaires

    Ne jamais perdre espoir...

    Posté par Virginie, 24 mars 2010 à 11:45
  • Ca me rappelle tant de souvenirs... (j'ai posté là-dessus il n'y a pas si longtemps !). Plein de courage à toi, je repasserai pour lire l'avant et l'après !

    Posté par mim_, 24 mars 2010 à 12:25
  • putard de bravo pour ton courage
    j'ai eu une p'tite préma, en 2005, souvenir très frais pour tant de tout ce que tu racontes, 3 mois d'hosto en tout, c'était vraiment cool ))
    bravo pour l'allaitement, de t'être accrochée, chapeau sans dec'
    et bravo p'tit Hector !

    Posté par madaltOn, 24 mars 2010 à 14:46
  • je suis scotchée!
    je ne sais pas comment je m'en serais sortie! c'est lourd... finalement à deux dans cette chambre c'était p'têtre plus supportable tout ça?

    Posté par la dilettante, 24 mars 2010 à 15:08
  • je découvre votre blog à la faveur d'une errance de page en page. je suis touchée par votre histoire et admirative de votre courage.... j'espere de tout coeur qu'apres ces débuts difficiles la vie du petit Hector sera un peu plus simple!
    je suis d'autant plus touchée que j'ai moi meme acccouché a B il y a quatre mois!! mais a la maison!! et je mesure ma chance...
    apres ces moments difficiles, profitez bien de chaque chose!! ces epreuves vous ont rendue plus forte!!!
    bon courage pour tout!!
    je vous souhaite un immense bonheur a tous quatre!!
    O*

    Posté par ju, 24 mars 2010 à 16:12
  • rooo j'adore !!! encore ! encore !!!
    'tain on dirait une bonne série ! c'est toujours chiant d'attendre une semaine pour avoir la suite !! quoi j'ai déjà lu la fin de l'hisoire ?? et alors ?? j'aime quand mm tout suivre moi !
    je suis pendue à tes levres, à ta plume, à tes écrits quoi !!! encore !!!

    Posté par vaness, 24 mars 2010 à 17:06
  • Comme d'autres j'me promène sur le blog de Gus et je "clic" sur un com d'Ali... Et là...je fonds!
    Merci de partager ton expérience... J'ai allaité longtemps aussi et quand je te lis...ça tire sous mon pull!!!
    Bisous

    Posté par Poulette des C.., 24 mars 2010 à 21:10
  • Ben dis Hector, elle assure ta mère! (et toi aussi, oui oui...!)

    Posté par jenny, 24 mars 2010 à 21:19
  • Whaou ! Quelle leçon de tenacité. Je suis sidérée. C'est beau

    Posté par katell, 25 mars 2010 à 16:41

Poster un commentaire